Coffrée

C’est pas une vie !

 

publication interne de la DREAL lors du 1er confinement, rédigé par Marc PHILIPPE. Merci pour le partage de ce texte original et sympathique ! 

 

 

 

 

Bonjour les Dréaliens,

 

Mon vrai nom est LNS, suivi de 4 chiffres que je ne vous dirai pas, c’est mon secret. Je suis une petite boîte noire et blanche qui stocke les données, et je vis au bord de la Vallière à Lons. Hélène ness, c’est plus classe, mélange subtil de la mer Egée et du lac Michigan qui n’a d’égal que le beurre demi-sel.

 

J’apprends que vous vivez confinés et bien moi, je vis tout le temps coffrée dans un dixième de mètre cube. Et dans cet espace réduit, je « colloque » avec deux partenaires.

Il y a Maud M, une mijaurée qui ne veut pas dire son nom parce qu’elle travaille dans les télécommunications, il parait qu’’elle a de la famille dans les services secrets à Londres. Et puis il y a Bubulle, un petit bulle à bulle, qui passe son temps à souffler dans l’eau comme vous le faites dans votre Coca en vous apercevant que faire des bulles nécessite plus de force quand le verre est plein que quand il est presque vide, lui il trouve au mm la hauteur de la rivière.

 

Donc voilà, mon quotidien, une bêcheuse qui travaille 5 secondes toutes les heures pour transmettre des données à des gens très importants qui traquent la crue à Lyon, et un angoissé qui rote toutes les 6 minutes pour connaître le niveau de l’eau.

J’ai 208 copines en Bourgogne-Franche-Comté qui vivent pareillement, pas toutes avec un roteur : j’espère une mutation vers un radar.

 

 

 

Mais votre confinement nous coûte. Déjà, nous n’avons plus les visites mensuelles de nos 13 amis, les hydromètres, qui viennent nous bichonner et aérer notre boîte et ça commence à sentir un peu le fennec, je crains aussi l’arrivée des fourmis.

Non, ils ne nous abandonnent pas car tous les matins, ils s’enquièrent de notre état : sommes-nous vivantes ? Notre tension est-elle bonne ? Commençons-nous à dire des bêtises ?

 

Et nez, la semaine dernière Bubulle commençait à déconner en alternant les hauts et les bas façon yoyo. Ses données me donnaient la nausée dès que je les transmettais à Maud M. qui elle s’en fichait parce que dans sa famille, depuis le télégraphe, on est habitué à expédier n’importe quoi…

J’ai été rassurée en entendant le doux bruit de la camionnette de mes amis, mais inquiète car il y en avait deux : 4 hydromètres pour réparer Bubulle, ce devait être grave ! Et bien non, pour se protéger, ils viennent toujours à deux, mais chacun dans son camion et avec moins de régularité pour pouvoir réparer en même temps mes copines dans le secteur. Bubulle, il avait un problème de passage d’air : ils l’ont intubé, un coup de compresseur et le tuyau était propre et la cochonnerie partie dans la rivière sans que cela puisse contaminer mes copines jusqu’à Arles. J’étais contente de retrouver mes « infirmiers », leurs voix aux tons variés et le passage de leurs doigts sur ma petite touche « valider ».

Bilan, nous nous portons bien, mais malheureusement Bubulle et tous ses copains nous disent que de l’eau, il n’y en a pas beaucoup pour la saison. Les 209 vous rappellent que vos hôpitaux ont besoin de sang neuf aussi, pensez-y !